17 novembre 2017

Astronomie, sensationnalisme et recopie

NGC 2718 : Une galaxie qui ne vient pas d'être découverte.
Source : Sloan Digital Sky Survey

Etant tombé ce matin sur un article parlant d'astronomie mais avec un contenu un poil sensationnaliste et pourtant vide d'information, j'ai voulu regarder d'un petit peu plus près comment on pouvait tomber si bas. Cet article, le voici. Il est publié sur le site SputnikNews...

Parce que tout le monde n'est pas forcément pointu dans le domaine, voici un décryptage expliquant pourquoi cet article est un grand n'importe quoi.

"Des scientifiques ont découvert une galaxie jumelle de la nôtre à 180 millions d'années-lumière et qui pourrait abriter de la vie extraterrestre. Cette galaxie mystérieuse ressemble tout à fait à notre Voie Lactée, et il se peut que nous ne soyons pas seuls dans l’Univers."

Telle est la promesse : il se peut que nous ne soyons pas seuls dans l'Univers. Bon, en même temps, rien de nouveau sous le Soleil, ça fait un moment qu'il se peut qu'on ne soit pas seuls dans l'Univers.
Ensuite, il faut savoir que des galaxies de la taille de la nôtre et situées à 180 millions d'années-lumière, il y en a un bon paquet. 180 millions d'années-lumière, c'est la porte à côté dans l'Univers dont la partie observable est une sphère de 13.8 milliards d'années-lumière. Il est donc très étrange d'y découvrir une grande galaxie dans un coin de l'Univers bien sondé avec nos télescopes depuis 200 ans.

"La découverte de cette galaxie en spirale, qui a reçu le nom de NGC 2718, attise encore plus l'espoir qu'il existe une vie au-delà de notre système solaire."

Voici donc son nom : NGC 2718. On trouvera assez aisément qu'elle a été découverte au 18ème siècle, comme bon nombre des objets célestes du catalogue NGC.
On en trouvera aussi aisément des images prises à travers divers télescopes amateurs et professionnels depuis ... pfiouu ... un paquet de temps avec une simple recherche Google Images.
Donc NGC 2718 découverte par cette équipe d'astronomes : NON !
Mais alors, attise t-elle encore plus cet espoir d'une vie extraterrestre ? (Spoiler : non)

"Les chercheurs sud-coréens ont minutieusement scanné 20.000 petites galaxies pour en trouver une qui soit semblable à la nôtre."

Outre le fait qu'on ne trouve nulle part dans les sources ce chiffre de 20 000, on verra plus tard que cette phrase cloche car il y est question de petites galaxies, alors qu'on parle pourtant d'une analogue à notre Voie Lactée, qui est loin d'être petite.

"La NGC 2718 ressemble non seulement à la Voie lactée, notre galaxie, mais est accompagnée en outre de deux petites galaxies satellites qui ressemblent beaucoup à celles qui évoluent avec la nôtre: les deux nuages de Magellan."

Rien à redire ici, c'est tout bon :-)


"C'est un assemblement rare."

Pour le coup, les galaxies naines satellites de galaxies plus grosses, ce n'est pas rare du tout. Rien que la Voie Lactée en compte une trentaine, et pas juste les deux nuages de Magellan. Mais aussi d'autres qui sont proches, mais dont on n'est pas sûrs si elles orbitent la Voie Lactée ou sont juste de passage dans le secteur.
La galaxie d'Andromède (ci-contre) en a également 2 bien visibles (M32 et M110) et plein d'autres plus petites.


Source : https://spaceplace.nasa.gov/satellite-galaxies/en/

"Les chercheurs vont désormais étudier la nouvelle galaxie pour découvrir si une vie y existe."

Compte tenu du nombre d'articles qui nous disent chaque semaine qu'on est à 2 doigts de trouver de la vie dans l'Univers, on pourrait se dire qu'après tout, pourquoi pas. S'ils veulent chercher de la vie là-bas, qu'ils se mettent donc au boulot.
Mais cette phrase est en fait complètement irréaliste :
- On est toujours pas équipés pour chercher (et trouver) de la vie dans notre Système Solaire.
- On attend avec impatience l'arrivée prochaine de puissants télescopes dans l'espace (comme le James Webb Space Telescope) pour détecter des traces dans les atmosphères des exoplanètes les plus proches permettant de nourrir l'espoir fou que peut-être elles pourraient éventuellement et sous conditions avec plein de guillemets être d'origine biologique.
- Cette galaxie, quoique proche pour une galaxie, est en fait bien trop éloignée pour qu'on puisse en étudier ses étoiles (et encore plus ses planètes) individuellement.

Et nous verrons plus tard dans ce post que non, les chercheurs ne vont pas étudier NGC 2718 (qui n'est pas nouvelle) pour y découvrir si une vie y existe.

Voilà, c'en est tout pour cet article qui aligne bêtises, non sens, et banalités. Mais comment en est-on arrivés là ?

Loin de moi l'envie de rejeter toute la faute sur l'auteur, ce genre d'article fleurit sur Internet et n'est pas spécifique à ce site. La faute comme bien souvent à la recopie d'articles par des personnes non spécialistes du sujet, et n'ayant pas le temps de creuser l'information.
Ne pas prendre ici le terme "pas spécialiste" dans un sens péjoratif. Nous sommes tous "pas spécialistes" dans plein de domaines et un journal ne peut pas embaucher un spécialiste dans tous les domaines qu'il couvre.
A minima un journaliste qui vérifie les sources, les croise et a quelques contacts par ci par là réussira à faire quelque chose de propre sans avoir besoin d'être "un spécialiste".

Or la source, quelle est-elle ici ? The Sun !

The Sun, dans la rubrique "Science" duquel, sur juste les 2 premières pages visibles aujourd'hui, on trouve :

- La vie extraterrestre pourrait être trouvée dans les 20 prochaines années selon la NASA
- La planète semblable à la Terre Ross128-b pourrait être un lieu confortable pour la vie extraterrestre
- Est-ce que les aliens ressemblent à cela ? Des scientifiques britanniques explorent l'évolution des formes de vie extraterrestres
- Est-ce que les extraterrestres existent vraiment ?
- La vie extraterrestre pourrait être florissante dans l'océan de la lune de Saturne Encelade
- Les extraterrestres pourraient vivre sous des océans glacés

Vous le voyez le côté un peu monomaniaque ?
Pas étonnant donc que l'on retrouve la source de l'article précédemment décortiqué sur The Sun sous l'appellation : Des scientifiques trouvent une galaxie jumelle à la nôtre et elle pourrait héberger la vie

Rien que ça !

Grande découverte s'il en est, puisque chacune des centaines de milliards de galaxies que compte l'Univers observables "pourrait héberger la vie".

A la lecture de l'article du Sun, que je ne vais pas reparcourir en détails ici, on comprend déjà beaucoup plus de choses, car eux a priori ont lu la source primaire de cette étude, qui est ICI.
Par contre, ils l'ont agrémenté de plein de phrases liées à la recherche de vie extraterrestre, ce qui ne transparaît pas du tout dans l'étude réalisée par les astronomes sud coréens. Et ce côté "vie ailleurs" du Sun a été repompé par SputnikNews.

Alors cette grande découverte ?
Elle ne concerne pas NGC 2718 (déception).
Du moins pas directement. Ce qui intéresse ces chercheurs sud coréens, ce sont les galaxies naines, et plus particulièrement celles qui pourraient être en train de fusionner. Çà, c'est leur dada, et le sujet de leurs recherches, présente ou passées.
Ils le disent dans la publi : "As our primary interest is to perform a detailed study of merging system of dwarf galaxies in various environments"

Ils se sont donc farcis à l'oeil les images publiques de catalogues d'images astronomiques à la recherche de galaxies naines (il n'est écrit nulle part qu'ils en ont regardé 20 000) qui pourraient être en train de fusionner.
Il faut rappeler ici que les 2 galaxies naines les plus importantes autour de la Voie Lactée (les nuages de Magellan) sont reliées par un pont de matière (Courant Magellanique) et que c'est précisément ce genre de choses que les astronomes recherchent chez d'autres galaxies naines. La vie extraterrestre n'a pas le moindre rapport avec ces ponts de matière.

Et avec leurs yeux affûtés, ils en ont trouvé des galaxies naines qui vont par paire (celles qui sont soi-disant rares) et dans l'étude qu'ils publient, ils présentent le couple qui ressemble le plus à nos nuages de Magellan.
UGC 4703 et UGC 4703B, à droite, les 2 galaxies étudiées, et NGC 2718 à gauche.
Source : https://arxiv.org/pdf/1710.09040.pdf


"The main aim of this work is to report the similarity between the UGC 4703 interacting pair around NGC 2718 and the LMC-SMC interaction around MW." (Note : MW = Milky Way)

Voilà, pas de recherche de vie dans le "main aim" de leur travail.
Et comme il y a pas mal de littérature sur ces 2 galaxies et d'images dans toutes les longueurs d'ondes disponibles, les gars ont fouillé les moindres recoins des archives pour compiler leur résultat dans cette publication.

Ils ne se sont pas contentés de reprendre les données des autres, ils ont aussi effectué des mesures avec le Giant Metrewave Radio Telescope (GMRT) pour étudier l'émission de la raie d'hydrogène à 21cm de ces galaxies naines. Elles révéleront qu'il y a bien une interaction entre les deux galaxies naines, mais aucune interaction avec NGC 2718.

La conclusion de leur étude précise que du point de vue morphologique et composition, la paire UGC 4703 et NGC 2718 sont similaires à notre Voie Lactée et ses nuages de Magellan.
"In summary, we present UGC 4703 pair- NGC 2718 system as a LMC-SMC-MW analog. Both the systems have a similar physical (geometry, star-formation rate, total gas mass and stellar mass) and morphological properties."
Pour les extraterrestres, il faudra revenir plus tard... ou lire The Sun, il y en a à toutes les pages :-)

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La dérive que je voulais pointer ici peut se résumer ainsi :
- On a une étude scientifique (ici en astronomie) présentant un résultat certes intéressant pour les protagonistes, mais d'un intérêt quelconque pour le commun des mortels.
- On a un journal influent, dont le but dans la vie est évidemment de vendre du papier (ce qui n'est pas un tort) et qui saupoudre une histoire morne de paillettes pour la rendre plus sexy (ça c'est une pratique déjà plus discutable, surtout quand les paillettes sont trop grosses)
- Un autre journal, sentant la source fiable, recopie le premier en omettant des choses, et en en traduisant mal d'autres.

Au final, le public lit une histoire qui n'a rien à voir avec la découverte qui a été faite. Et ça, c'est dommage ... très dommage.

Et ce n'est pas sans rappeler une réflexion que je m'étais déjà faite dans le journal du GAAC.

10 novembre 2017

Nova AT2017hxw

AT2017hxw, prise avec le télescope Slooh T2

Ce matin en examinant mes images de M31 prises entre les nuages depuis les Canaries, j'ai mis le doigt sur une nouvelle étoile. A magnitude 18.5, elle était bien au dessus du bruit de fond.

Capture Astrometrica de AT2017hxw

Mais à bien y regarder, je connaissais cette zone de M31. L'année dernière, j'avais découvert AT2016jbx, et il me semblait que c'était au même endroit.
Alors pourquoi pas, on avait déterminé que AT2016jbx était une nova récurrente, et nous serions alors en présence d'un nouvel outburst très rapproché.
Lorsque j'ai posté la découverte sur le TNS (le nouvel objet s'appelle AT2017hxw), j'en ai profité pour signaler cette grande proximité.

Et puis j'ai réalisé une animation avec une image de AT2016jbx (celle qui est marquée de 2 lignes ci-dessous) superposée à mon image de AT2017hxw :


Animation montant AT2016jbx et AT2017hxw. Les 2 novae sont bien distinctes

Et oh surprise, les deux objets sont finalement distincts. Très proches, mais distincts. AT2017hxw n'est donc pas une nova récurrente, mais bien un nouvel astre.
Affaire à suivre avec le spectre, bientôt.

24 septembre 2017

Nova AT2017gsc

Nouvelle découverte de nova dans M31 ce 13 Septembre. L'objet apparaissait sur plusieurs de mes images de la nuit et je l'ai donc rapidement posté sur le TNS, sous le nom AT2017gsc.


La classification est arrivée très vite via l'ATEL 10754. Il s'agit une nouvelle fois d'une nova classique, membre de la classe spectroscopique FeII.

19 août 2017

Observer un transit exoplanétaire - Comment faire ? (partie 1)

Hier soir, je suis retourné faire coucou à l'exoplanète HD189733b.
Comme cette observation commence à être routinière, je vais tenter ici d'expliquer les différentes étapes qui mènent à celà :

Courbe de lumière de HD189733 montrant le transit de son exoplanète

Que voit-on ci-dessus ?

Il faut se concentrer sur la courbe du bas. Chaque point est une mesure de luminosité d'une étoile nommée HD189733. En ordonnée (axe vertical) on trouve la valeur de l'éclat de l'étoile (sa magnitude) et en abscisse (axe horizontal), c'est le temps qui passe. Entre les valeurs 0.38 et 0.48, il se passe 0.1 jour, soit 2 heures et 24 minutes. La courbe complète s'étale sur 3 heures et 28 minutes.
La courbe pleine qui passe entre les points est le meilleur modèle de transit correspondant à toutes mes mesures. Si j'avais eu un super capteur, et un super télescope dans l'espace, tous mes points seraient regroupés sur cette ligne. Au lieu de cela, j'ai utilisé un petit télescope, un capteur modeste et j'étais sous plusieurs kilomètres d'atmosphère turbulente. Donc mes points de mesure se baladent autour de cette ligne théorique.

Le matériel

Voici ci-contre une image prise à la tombée de la nuit du matériel que j'ai utilisé :
- Un télescope de type Newton avec un miroir de 150mm de diamètre (un exemple ici). Le télescope est posé sur une monture motorisée pour suivre les étoiles dans le ciel et compenser la rotation terrestre. Il faut parfois rajouter des moteurs sur sa monture (un exemple ici) car toutes ne sont pas fournies motorisées.
- Un appareil photo numérique (APN) Canon EOS 1200D (un exemple ici)
- Un câble pour relier l'APN au PC (un exemple ici) suffisamment long car la distance APN-PC va varier au cours de la nuit. Le télescope va tourner pour suivre les étoiles
- Un PC portable (ça fonctionne aussi avec un fixe, mais il faudrait alors une sacrée rallonge pour relier le fixe à l'intérieur et le télescope à l'extérieur)
- Une table
- Une chaise


N'importe quel télescope motorisé fera l'affaire. Pour attraper cette exoplanète, même un simple téléobjectif peut faire l'affaire à la place du télescope comme l'a montré Christian Buil dès 2005.
Bien évidemment, plus le pouvoir collecteur du télescope sera grand et plus on pourra viser d'exoplanètes passant devant des étoiles de moins en moins lumineuses.

Il y a quelques années, seuls les APN de marque Canon étaient réputés pour faire de vraies images RAW. On les retrouvait donc majoritaires chez les astronomes amateurs. Les RAW Nikon, bien qu'en en ayant le nom, n'en étaient pas de vrais. Je ne sais pas si c'est toujours le cas, mais je suis resté sur du Canon.
Bien évidemment, une caméra CCD sera encore mieux adaptée à ce genre de mesure.

Le choix du PC a assez peu d'importance. Sa puissance déterminera juste la rapidité avec laquelle le traitement d'images sera réalisé. Mais un PC lent fera le job aussi bien qu'un PC rapide. Il mettra juste plus de temps. Sur le PC, on aura au préalable pris le soin d'installer le logiciel d'acquisition de l'APN qu'on utilise, ou bien un logiciel d'acquisition compatible avec sa caméra CCD. Et dans le cas qui m'intéresse ici, j'ai installé le logiciel IRIS de Christian Buil pour les mesures photométriques.
Il existe de nombreux autres logiciels pour faire de la photométrie de précision (audela, Prism, AstroImageJ, Munipack, ...)

Trouver une cible

Le site Exoplanet Transit Database (ETD) recense toutes les exoplanètes transitant devant leur étoile hôte et bénéficiant de bons éphémérides. 315 exoplanètes accessibles aux amateurs s'offrent alors à vous avec les dates et heures auxquelles elles sont supposées passer devant leur étoile. Alors bien sûr, il y en a pour tous les niveaux.
Pour débuter, on a le choix entre 2-3 exoplanètes, dont HD189733b.
Quand on est un peu plus à l'aise et qu'on dispose d'un télescope de 200mm minimum, on peut jouer avec une bonne dizaine d'exoplanètes, et plus le télescope sera gros, la caméra performante et votre ciel stable, et plus vous aurez de choix.
Il est même possible sur ETD de trouver des exoplanètes découvertes par le satellite Kepler et pas encore complètement validées.
L'ETD centralise donc des milliers d'observations d'astronomes amateurs de toute la planète et les compile sur son site.

Pour trouver les exoplanètes visibles de chez vous un soir donné, il faut cliquer ICI. Et voici ce que j'ai obtenu pour la journée d'hier :


Colonne 1 : le nom de l'exoplanète. Ici HD189733b
Colonne 2 : la constellation dans laquelle elle se trouve
Colonne 3 : l'heure de début du transit. Attention, c'est l'heure en Temps Universel. Rajouter 1h en hiver chez nous et 2h en été pour avoir l'heure locale. Donc ici c'était 21h58 TU, soit 23h58 à ma montre. 63°, S signifie qu'à ce moment-là, l'étoile est à 63° au dessus de l'horizon Sud.
Colonne 4 : l'heure du milieu du transit. Pas spécialement intéressant.
Colonne 5 : l'heure de fin du transit. Attention, c'est l'heure en Temps Universel. Rajouter 1h en hiver chez nous et 2h en été pour avoir l'heure locale. Donc ici c'était 23h48 TU, soit 01h48 le matin du 19 Août à ma montre. 55°, SW signifie qu'à ce moment-là, l'étoile est à 55° au dessus de l'horizon Sud-Ouest.
Colonne 6 : la durée estimée du transit en minutes
Colonne 7 : la magnitude de l'étoile. Plus le chiffre est bas et plus l'étoile est brillante. En dessous de 6, l'étoile est visible à l'oeil nu. Entre 6 et 9 il faut une bonne paire de jumelle, de 9 à 12 un petit télescope et plus on monte au delà de 12 et plus il faut un gros télescope. Ici à magnitude 7.67, ma cible est considérée comme très brillante, bien qu'elle ne soit pas visible à l'oeil nu.
Colonne 8 : la profondeur du transit. Ou en plus simple, de combien l'éclat de l'étoile va diminuer quand la planète passera devant. Ici 0.282 magnitude (28 centièmes), c'est beaucoup. C'est pour cela que le transit est simple à observer. Et pourtant, sur vos images vous ne remarquerez rien du tout tellement c'est peu de chose.
Colonne 9 : les coordonnées de l'étoile dans le ciel (RA = ascension droite, DE = déclinaison).


Pourquoi cette cible était intéressante ?

Déjà, une étoile brillante, c'est plus pratique pour mon petit matériel.
Ensuite, une profondeur de transit importante est plus facile à détecter. Je rappelle qu'on parle ici de quelques pourcents de luminosité en moins.
L'étoile reste haute dans le ciel entre le début et la fin du transit (de 63 à 55°). Cela présente un tas d'avantages :
- la masse d'air traversée par la lumière de l'étoile reste faible. A temps de pose égal, on attrape bien plus de photons quand l'étoile est à 65° que lorsqu'elle est à 30° au dessus de l'horizon. Et moins de masse d'air = moins de turbulences = moins de bruit dans les résultats.
- du fait d'une masse d'air quasi constante, à temps de pose égal, la qualité des mesures restera constante. Quand on démarre une série de pose à 60° de hauteur et qu'on la finit à 30° de hauteur, l'étoile cible est beaucoup moins lumineuse en fin de parcours du fait de la masse d'air grandissante.

Du début à la fin du transit, c'est la nuit noire. Donc pas de problème lié au crépuscule ou à l'aube qui rajoutent des lumières parasites sur les images.
Le début et la fin de transit sont assez éloignés du crépuscule et de l'aube pour permettre des prises de vue 1/2h avant le début du transit et 1/2 heure après la fin du transit. C'est important pour le dessin de la courbe, sinon on ne connaît pas le niveau de luminosité "normal" de l'étoile.
Je n'ai pas besoin de me lever en pleine nuit pour démarrer les observations. Je me couche juste tard. Çà, je sais faire :-)
Le ciel au Sud-Sud Ouest est parfaitement visible depuis ma terrasse.

Pour toutes ces raisons, le choix d'observer HD189733b hier soir était le bon.


La suite dans un prochain billet. On va s'attaquer aux prises de vues.

16 août 2017

Nova²

Alors que la nova AT2017foa s'estompe peu à peu, j'ai mis le doigt ce 15 Août sur ce qui sera probablement la nova la plus brillante de l'année dans M31.

AT2017gay (c'est son p'tit nom) a été postée à la va-vite vers midi.
Quand je l'ai vue clignoter sur mon interface, j'ai d'abord cru à un traditionnel artefact. Souvent des points blancs très lumineux apparaissent sur mes images. Au premier coup d'oeil, je vois que la distribution radiale de la luminosité n'a rien d'une gaussienne et je passe à la suite.
Mais ici ... damned, avec les bords légèrement moins brillants que le centre, ça ressemblait à une étoile. Mais très brillante, presque trop brillante.

Sur cette vue en plan large, elle n'a l'air de rien, et pourtant elle est là à magnitude 15.8.
Compte tenu de la distance de M31, et du calcul du module de distance, c'est quasiment la magnitude visuelle maximale que peut atteindre une nova qui explose là-bas.
AT2017gay (c) Emmanuel Conseil & Slooh.com
La nova forme, avec une étoile à sa droite et une étoile au dessus d'elle un triangle quasiment rectangle. C'est une configuration assez facile à repérer.
Je suis ensuite aller voir dans des archives s'il y avait une étoile connue à l'emplacement de la nova.
Dans le SDSS (image de droite ci-dessous), un faible astre bleuté est visible.
Sur le survey GALEX, qui capture dans le domaine de l'ultraviolet depuis l'espace, on voit une grosse étoile à l'emplacement de la nova. Nous sommes donc en présence d'un astre très chaud qui émettait bien plus dans l'ultraviolet que dans le visible.
Pour qu'une nova se produise, on doit être en présence de 2 astres relativement serrés, dont l'un qui vole de la matière à l'autre. On trouve souvent un petit astre qui aspire la matière d'un gros compagnon. Et c'est peut-être bien le gros compagnon qu'on voit ici...

Archive SDSS
Archive GALEX

Et en allant éplucher d'autres archives au CDS, j'ai trouvé une ancienne nova (M31N 2010-12a) qui a explosé pile poil au même endroit il y a presque 7 ans.
La nova que je viens de repérer est donc très certainement une nova récurrente.

Là où cela devient intéressant, c'est quand l'Astronomer Telegram n°10647 montre que le spectre de cette étoile la place sans doute bien plus proche de nous qu'elle n'en a l'air. Un appel à observation est donc fait, et les semaines à venir seront très intéressantes.

5 août 2017

Découverte d'une nouvelle nova dans M31

Champ de l'image de droite
Nova AT2017foa (c) Emmanuel Conseil with Slooh.com
Le 19 Juillet dernier au saut du lit, j'ai vérifié mes images acquises pendant la nuit avec le télescope T2 de Slooh aux îles Canaries. J'ai rapidement mis le doigt sur un objet qui n'était pas là les jours précédents : une probable nova. C'est le point qui clignote sur l'image en haut à droite.
J'ai donc posté la possible découverte sur le Transient Name Server de l'Union Astronomique Internationale (UAI) et un petit nom lui a été attribué : AT2017foa (https://wis-tns.weizmann.ac.il/object/2017foa)
Dans l'ancienne nomenclature de l'UAI, elle est aussi connue sous le nom M31N 2017-07a (Première nova dans M31 pour le mois de Juillet de l'année 2017).

Dès le lendemain, mes images montraient que l'objet était toujours là, mais à peine plus brillant que la veille. C'était quand même bon signe.
La confirmation spectrale est venue le 04 Août par le Liverpool telescope et son spectrographe SPRAT, via l'Astronomer Telegram n°10619. Il s'agit d'une nova classique, de classe FeII.

Sur les premiers jours, j'ai commencé une courbe de lumière qui méritera que j'en remette une couche quand j'aurai un peu de temps. L'objet a culminé à magnitude 17.3 environ et est toujours visible 17 jours après son explosion.

Courbe de lumière de AT2017foa


29 avril 2017

Aux Sciences citoyens !


J'avais eu le plaisir de rencontrer une journaliste du Parisien Magazine en Septembre 2016 afin de réaliser une interview concernant les amateurs qui font de la Science. Elle m'avait repéré dans le Hors Série Ciel & Espace d'Octobre 2014.
Après quelques échanges par email, nous nous sommes rencontrés dans le cadre de Géotopia avec un photographe pour réaliser en même temps un portrait pour l'article.
La séance photo avait duré une bonne heure. Puis l'interview s'était terminée chez moi, avec encore une séance photo devant mon matériel perso.
L'article devait sortir début Novembre, mais un changement de programme le décala de quelques mois.
C'est finalement le 21 Avril 2017 que l'article est sorti, en pleine élection présidentielle, et je l'ai vu passer via un tweet de la journaliste : Aurélie Djavadi.
Couverture du numéro du 21 Avril 2017



Il reste finalement assez peu de choses de l'entretien que nous avons eu, mais au moins ce qui est dit est correctement retranscrit. La double page avec le télescope de Géotopia fait plaisir.
L'article est consultable ici : http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/sciences-ces-benevoles-au-service-des-chercheurs-21-04-2017-6867852.php

Quelques précisions cependant :
- "l'ingénieur en informatique a monté un club d'astronomes amateurs près de Béthune"
J'en suis certes le membre le plus ancien à ce jour, mais pas le fondateur.

- "On peut faire des observations utiles avec un matériel tout simple".
Et c'est vrai. Mais la photo qui illustre la phrase montre un RCOS et une SBIG, sur Paramount, et sous coupole. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on appelle "du matériel tout simple" :-)
Mais c'est juste le titre qui peut sembler bizarrement illustré. L'article lui, reprend bien cette phrase dans son contexte.

J'avais cité cette phrase en racontant l'histoire de l'expérience fondatrice de ma démarche de "chercheur citoyen", qui elle s'est effectivement faite avec un matériel très modeste. Il s'agit du passage sur l'éclipse près de Reims, mais il n'est pas très détaillé. Normal pour un tel article.
L'éclipse en question concernait une étoile et un astéroïde. Les reimois(es) non astronomes n'en ont donc probablement jamais entendu parler.
J'ai écrit la version complète de l'histoire (en anglais) ICI.


Autant je m'attendais à la sortie de cet article un jour, autant j'ai été encore plus surpris de découvrir la suite : une chronique sur RTL parlant de ma vie d'astronome amateur dans l'émission "La curiosité est un vilain défaut".

Sidonie Bonnec & Thomas Hugues dans "La curiosité est un vilain défaut" (clic pour écouter)

Julien Solonel, un collègue de la journaliste qui m'a interviewé, est venu présenter l'article sur RTL la veille de la parution. Je ne l'ai pas rencontré, mais il a apparemment bénéficié du carnet de notes d'Aurélie Djavadi :-)

Juste un petit détail quand il dit :
"Pour le programme Supernovae, c'est toujours intéressant d'avoir des milliers de personnes qui, partout dans le monde, regardent ces explosions d'étoiles d'endroits différents".
Dans le cadre de Tarot Supernovae, ou de la recherche de supernovae en général, le terme "millier" est un peu exagéré. Quelques personnes qui regardent le même coin de ciel suffisent. Le jour où nous aurons des milliers de personnes connectées à Tarot Supernovae, ce sera la fête :-)
Par contre, dans de nombreux cas de sciences participatives, des milliers de personnes sont requises pour abattre rapidement un travail colossal, ou pour disposer de beaucoup de données si on veut faire des statistiques.

Petit point sympa : ils m'ont rajeuni. Entre l'interview et la diffusion, j'ai pris un an, mais ça, ils ne pouvaient pas le savoir :-)

Un grand merci à Aurélie Djavadi pour son travail sur cet article. J'espère que ça donnera envie à d'autres personnes de se lancer dans la recherche citoyenne. N'hésitez pas à aller lire les histoires des autres personnes interviewées. Il y en a pour tous les goûts !