19 août 2017

Observer un transit exoplanétaire - Comment faire ? (partie 1)

Hier soir, je suis retourné faire coucou à l'exoplanète HD189733b.
Comme cette observation commence à être routinière, je vais tenter ici d'expliquer les différentes étapes qui mènent à celà :

Courbe de lumière de HD189733 montrant le transit de son exoplanète

Que voit-on ci-dessus ?

Il faut se concentrer sur la courbe du bas. Chaque point est une mesure de luminosité d'une étoile nommée HD189733. En ordonnée (axe vertical) on trouve la valeur de l'éclat de l'étoile (sa magnitude) et en abscisse (axe horizontal), c'est le temps qui passe. Entre les valeurs 0.38 et 0.48, il se passe 0.1 jour, soit 2 heures et 24 minutes. La courbe complète s'étale sur 3 heures et 28 minutes.
La courbe pleine qui passe entre les points est le meilleur modèle de transit correspondant à toutes mes mesures. Si j'avais eu un super capteur, et un super télescope dans l'espace, tous mes points seraient regroupés sur cette ligne. Au lieu de cela, j'ai utilisé un petit télescope, un capteur modeste et j'étais sous plusieurs kilomètres d'atmosphère turbulente. Donc mes points de mesure se baladent autour de cette ligne théorique.

Le matériel

Voici ci-contre une image prise à la tombée de la nuit du matériel que j'ai utilisé :
- Un télescope de type Newton avec un miroir de 150mm de diamètre (un exemple ici). Le télescope est posé sur une monture motorisée pour suivre les étoiles dans le ciel et compenser la rotation terrestre. Il faut parfois rajouter des moteurs sur sa monture (un exemple ici) car toutes ne sont pas fournies motorisées.
- Un appareil photo numérique (APN) Canon EOS 1200D (un exemple ici)
- Un câble pour relier l'APN au PC (un exemple ici) suffisamment long car la distance APN-PC va varier au cours de la nuit. Le télescope va tourner pour suivre les étoiles
- Un PC portable (ça fonctionne aussi avec un fixe, mais il faudrait alors une sacrée rallonge pour relier le fixe à l'intérieur et le télescope à l'extérieur)
- Une table
- Une chaise


N'importe quel télescope motorisé fera l'affaire. Pour attraper cette exoplanète, même un simple téléobjectif peut faire l'affaire à la place du télescope comme l'a montré Christian Buil dès 2005.
Bien évidemment, plus le pouvoir collecteur du télescope sera grand et plus on pourra viser d'exoplanètes passant devant des étoiles de moins en moins lumineuses.

Il y a quelques années, seuls les APN de marque Canon étaient réputés pour faire de vraies images RAW. On les retrouvait donc majoritaires chez les astronomes amateurs. Les RAW Nikon, bien qu'en en ayant le nom, n'en étaient pas de vrais. Je ne sais pas si c'est toujours le cas, mais je suis resté sur du Canon.
Bien évidemment, une caméra CCD sera encore mieux adaptée à ce genre de mesure.

Le choix du PC a assez peu d'importance. Sa puissance déterminera juste la rapidité avec laquelle le traitement d'images sera réalisé. Mais un PC lent fera le job aussi bien qu'un PC rapide. Il mettra juste plus de temps. Sur le PC, on aura au préalable pris le soin d'installer le logiciel d'acquisition de l'APN qu'on utilise, ou bien un logiciel d'acquisition compatible avec sa caméra CCD. Et dans le cas qui m'intéresse ici, j'ai installé le logiciel IRIS de Christian Buil pour les mesures photométriques.
Il existe de nombreux autres logiciels pour faire de la photométrie de précision (audela, Prism, AstroImageJ, Munipack, ...)

Trouver une cible

Le site Exoplanet Transit Database (ETD) recense toutes les exoplanètes transitant devant leur étoile hôte et bénéficiant de bons éphémérides. 315 exoplanètes accessibles aux amateurs s'offrent alors à vous avec les dates et heures auxquelles elles sont supposées passer devant leur étoile. Alors bien sûr, il y en a pour tous les niveaux.
Pour débuter, on a le choix entre 2-3 exoplanètes, dont HD189733b.
Quand on est un peu plus à l'aise et qu'on dispose d'un télescope de 200mm minimum, on peut jouer avec une bonne dizaine d'exoplanètes, et plus le télescope sera gros, la caméra performante et votre ciel stable, et plus vous aurez de choix.
Il est même possible sur ETD de trouver des exoplanètes découvertes par le satellite Kepler et pas encore complètement validées.
L'ETD centralise donc des milliers d'observations d'astronomes amateurs de toute la planète et les compile sur son site.

Pour trouver les exoplanètes visibles de chez vous un soir donné, il faut cliquer ICI. Et voici ce que j'ai obtenu pour la journée d'hier :


Colonne 1 : le nom de l'exoplanète. Ici HD189733b
Colonne 2 : la constellation dans laquelle elle se trouve
Colonne 3 : l'heure de début du transit. Attention, c'est l'heure en Temps Universel. Rajouter 1h en hiver chez nous et 2h en été pour avoir l'heure locale. Donc ici c'était 21h58 TU, soit 23h58 à ma montre. 63°, S signifie qu'à ce moment-là, l'étoile est à 63° au dessus de l'horizon Sud.
Colonne 4 : l'heure du milieu du transit. Pas spécialement intéressant.
Colonne 5 : l'heure de fin du transit. Attention, c'est l'heure en Temps Universel. Rajouter 1h en hiver chez nous et 2h en été pour avoir l'heure locale. Donc ici c'était 23h48 TU, soit 01h48 le matin du 19 Août à ma montre. 55°, SW signifie qu'à ce moment-là, l'étoile est à 55° au dessus de l'horizon Sud-Ouest.
Colonne 6 : la durée estimée du transit en minutes
Colonne 7 : la magnitude de l'étoile. Plus le chiffre est bas et plus l'étoile est brillante. En dessous de 6, l'étoile est visible à l'oeil nu. Entre 6 et 9 il faut une bonne paire de jumelle, de 9 à 12 un petit télescope et plus on monte au delà de 12 et plus il faut un gros télescope. Ici à magnitude 7.67, ma cible est considérée comme très brillante, bien qu'elle ne soit pas visible à l'oeil nu.
Colonne 8 : la profondeur du transit. Ou en plus simple, de combien l'éclat de l'étoile va diminuer quand la planète passera devant. Ici 0.282 magnitude (28 centièmes), c'est beaucoup. C'est pour cela que le transit est simple à observer. Et pourtant, sur vos images vous ne remarquerez rien du tout tellement c'est peu de chose.
Colonne 9 : les coordonnées de l'étoile dans le ciel (RA = ascension droite, DE = déclinaison).


Pourquoi cette cible était intéressante ?

Déjà, une étoile brillante, c'est plus pratique pour mon petit matériel.
Ensuite, une profondeur de transit importante est plus facile à détecter. Je rappelle qu'on parle ici de quelques pourcents de luminosité en moins.
L'étoile reste haute dans le ciel entre le début et la fin du transit (de 63 à 55°). Cela présente un tas d'avantages :
- la masse d'air traversée par la lumière de l'étoile reste faible. A temps de pose égal, on attrape bien plus de photons quand l'étoile est à 65° que lorsqu'elle est à 30° au dessus de l'horizon. Et moins de masse d'air = moins de turbulences = moins de bruit dans les résultats.
- du fait d'une masse d'air quasi constante, à temps de pose égal, la qualité des mesures restera constante. Quand on démarre une série de pose à 60° de hauteur et qu'on la finit à 30° de hauteur, l'étoile cible est beaucoup moins lumineuse en fin de parcours du fait de la masse d'air grandissante.

Du début à la fin du transit, c'est la nuit noire. Donc pas de problème lié au crépuscule ou à l'aube qui rajoutent des lumières parasites sur les images.
Le début et la fin de transit sont assez éloignés du crépuscule et de l'aube pour permettre des prises de vue 1/2h avant le début du transit et 1/2 heure après la fin du transit. C'est important pour le dessin de la courbe, sinon on ne connaît pas le niveau de luminosité "normal" de l'étoile.
Je n'ai pas besoin de me lever en pleine nuit pour démarrer les observations. Je me couche juste tard. Çà, je sais faire :-)
Le ciel au Sud-Sud Ouest est parfaitement visible depuis ma terrasse.

Pour toutes ces raisons, le choix d'observer HD189733b hier soir était le bon.


La suite dans un prochain billet. On va s'attaquer aux prises de vues.

16 août 2017

Nova²

Alors que la nova AT2017foa s'estompe peu à peu, j'ai mis le doigt ce 15 Août sur ce qui sera probablement la nova la plus brillante de l'année dans M31.

AT2017gay (c'est son p'tit nom) a été postée à la va-vite vers midi.
Quand je l'ai vue clignoter sur mon interface, j'ai d'abord cru à un traditionnel artefact. Souvent des points blancs très lumineux apparaissent sur mes images. Au premier coup d'oeil, je vois que la distribution radiale de la luminosité n'a rien d'une gaussienne et je passe à la suite.
Mais ici ... damned, avec les bords légèrement moins brillants que le centre, ça ressemblait à une étoile. Mais très brillante, presque trop brillante.

Sur cette vue en plan large, elle n'a l'air de rien, et pourtant elle est là à magnitude 15.8.
Compte tenu de la distance de M31, et du calcul du module de distance, c'est quasiment la magnitude visuelle maximale que peut atteindre une nova qui explose là-bas.
AT2017gay (c) Emmanuel Conseil & Slooh.com
La nova forme, avec une étoile à sa droite et une étoile au dessus d'elle un triangle quasiment rectangle. C'est une configuration assez facile à repérer.
Je suis ensuite aller voir dans des archives s'il y avait une étoile connue à l'emplacement de la nova.
Dans le SDSS (image de droite ci-dessous), un faible astre bleuté est visible.
Sur le survey GALEX, qui capture dans le domaine de l'ultraviolet depuis l'espace, on voit une grosse étoile à l'emplacement de la nova. Nous sommes donc en présence d'un astre très chaud qui émettait bien plus dans l'ultraviolet que dans le visible.
Pour qu'une nova se produise, on doit être en présence de 2 astres relativement serrés, dont l'un qui vole de la matière à l'autre. On trouve souvent un petit astre qui aspire la matière d'un gros compagnon. Et c'est peut-être bien le gros compagnon qu'on voit ici...

Archive SDSS
Archive GALEX

Et en allant éplucher d'autres archives au CDS, j'ai trouvé une ancienne nova (M31N 2010-12a) qui a explosé pile poil au même endroit il y a presque 7 ans.
La nova que je viens de repérer est donc très certainement une nova récurrente.

Là où cela devient intéressant, c'est quand l'Astronomer Telegram n°10647 montre que le spectre de cette étoile la place sans doute bien plus proche de nous qu'elle n'en a l'air. Un appel à observation est donc fait, et les semaines à venir seront très intéressantes.

5 août 2017

Découverte d'une nouvelle nova dans M31

Champ de l'image de droite
Nova AT2017foa (c) Emmanuel Conseil with Slooh.com
Le 19 Juillet dernier au saut du lit, j'ai vérifié mes images acquises pendant la nuit avec le télescope T2 de Slooh aux îles Canaries. J'ai rapidement mis le doigt sur un objet qui n'était pas là les jours précédents : une probable nova. C'est le point qui clignote sur l'image en haut à droite.
J'ai donc posté la possible découverte sur le Transient Name Server de l'Union Astronomique Internationale (UAI) et un petit nom lui a été attribué : AT2017foa (https://wis-tns.weizmann.ac.il/object/2017foa)
Dans l'ancienne nomenclature de l'UAI, elle est aussi connue sous le nom M31N 2017-07a (Première nova dans M31 pour le mois de Juillet de l'année 2017).

Dès le lendemain, mes images montraient que l'objet était toujours là, mais à peine plus brillant que la veille. C'était quand même bon signe.
La confirmation spectrale est venue le 04 Août par le Liverpool telescope et son spectrographe SPRAT, via l'Astronomer Telegram n°10619. Il s'agit d'une nova classique, de classe FeII.

Sur les premiers jours, j'ai commencé une courbe de lumière qui méritera que j'en remette une couche quand j'aurai un peu de temps. L'objet a culminé à magnitude 17.3 environ et est toujours visible 17 jours après son explosion.

Courbe de lumière de AT2017foa


29 avril 2017

Aux Sciences citoyens !


J'avais eu le plaisir de rencontrer une journaliste du Parisien Magazine en Septembre 2016 afin de réaliser une interview concernant les amateurs qui font de la Science. Elle m'avait repéré dans le Hors Série Ciel & Espace d'Octobre 2014.
Après quelques échanges par email, nous nous sommes rencontrés dans le cadre de Géotopia avec un photographe pour réaliser en même temps un portrait pour l'article.
La séance photo avait duré une bonne heure. Puis l'interview s'était terminée chez moi, avec encore une séance photo devant mon matériel perso.
L'article devait sortir début Novembre, mais un changement de programme le décala de quelques mois.
C'est finalement le 21 Avril 2017 que l'article est sorti, en pleine élection présidentielle, et je l'ai vu passer via un tweet de la journaliste : Aurélie Djavadi.
Couverture du numéro du 21 Avril 2017



Il reste finalement assez peu de choses de l'entretien que nous avons eu, mais au moins ce qui est dit est correctement retranscrit. La double page avec le télescope de Géotopia fait plaisir.
L'article est consultable ici : http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/sciences-ces-benevoles-au-service-des-chercheurs-21-04-2017-6867852.php

Quelques précisions cependant :
- "l'ingénieur en informatique a monté un club d'astronomes amateurs près de Béthune"
J'en suis certes le membre le plus ancien à ce jour, mais pas le fondateur.

- "On peut faire des observations utiles avec un matériel tout simple".
Et c'est vrai. Mais la photo qui illustre la phrase montre un RCOS et une SBIG, sur Paramount, et sous coupole. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on appelle "du matériel tout simple" :-)
Mais c'est juste le titre qui peut sembler bizarrement illustré. L'article lui, reprend bien cette phrase dans son contexte.

J'avais cité cette phrase en racontant l'histoire de l'expérience fondatrice de ma démarche de "chercheur citoyen", qui elle s'est effectivement faite avec un matériel très modeste. Il s'agit du passage sur l'éclipse près de Reims, mais il n'est pas très détaillé. Normal pour un tel article.
L'éclipse en question concernait une étoile et un astéroïde. Les reimois(es) non astronomes n'en ont donc probablement jamais entendu parler.
J'ai écrit la version complète de l'histoire (en anglais) ICI.


Autant je m'attendais à la sortie de cet article un jour, autant j'ai été encore plus surpris de découvrir la suite : une chronique sur RTL parlant de ma vie d'astronome amateur dans l'émission "La curiosité est un vilain défaut".

Sidonie Bonnec & Thomas Hugues dans "La curiosité est un vilain défaut" (clic pour écouter)

Julien Solonel, un collègue de la journaliste qui m'a interviewé, est venu présenter l'article sur RTL la veille de la parution. Je ne l'ai pas rencontré, mais il a apparemment bénéficié du carnet de notes d'Aurélie Djavadi :-)

Juste un petit détail quand il dit :
"Pour le programme Supernovae, c'est toujours intéressant d'avoir des milliers de personnes qui, partout dans le monde, regardent ces explosions d'étoiles d'endroits différents".
Dans le cadre de Tarot Supernovae, ou de la recherche de supernovae en général, le terme "millier" est un peu exagéré. Quelques personnes qui regardent le même coin de ciel suffisent. Le jour où nous aurons des milliers de personnes connectées à Tarot Supernovae, ce sera la fête :-)
Par contre, dans de nombreux cas de sciences participatives, des milliers de personnes sont requises pour abattre rapidement un travail colossal, ou pour disposer de beaucoup de données si on veut faire des statistiques.

Petit point sympa : ils m'ont rajeuni. Entre l'interview et la diffusion, j'ai pris un an, mais ça, ils ne pouvaient pas le savoir :-)

Un grand merci à Aurélie Djavadi pour son travail sur cet article. J'espère que ça donnera envie à d'autres personnes de se lancer dans la recherche citoyenne. N'hésitez pas à aller lire les histoires des autres personnes interviewées. Il y en a pour tous les goûts !





17 mars 2017

News en vrac

Pas trop eu le temps de mettre à jour le blog depuis le début de l'année, et même si je suis resté muet, il s'est passé 2-3 trucs ces dernières semaines, non pas à propos de nouvelles découvertes, mais surtout à propos d'anciennes.

La nova qui "récurre"


Lorsque j'ai posté ma découverte de nova dans M31 fin 2016, j'avais noté à la fin du rapport de découverte que cet objet me semblait très proche de la nova M31N 2007-11f, une nova ayant explosé dans M31 en Novembre 2007.
Je m'attendais à ce que cela mette la puce à l'oreille de quelqu'un, mais après l'ATel de confirmation spectrale qui n'en faisait pas mention, il ne se passait plus rien.
J'ai donc décidé d'envoyer un email à K. Hornoch, un spécialiste des recherches de novae extragalactiques pour lui demander s'il avait des images de 2007 permettant de vérifier ce que j'avais en tête...
Il n'en avait pas, mais a cherché à récupérer des infos auprès de ceux qui en avaient fait la découverte en 2007.
Quelques semaines plus tard, tombait dans ma boîte email un message de K. Hornoch et quelques autres astronomes spécialistes des novae, et qui annonçait que oui, ma nova de Décembre était bien la même que celle de 2007, et que par conséquent, il s'agissait ici de la découverte de la 18ème nova récurrente de M31.
Un ATel fut donc posté. Le 10001ème (zut, raté de peu le numéro 10000).
C'est donc finalement une belle découverte, qui pourrait faire l'objet d'un papier spécifique dans les prochains mois.

La supernova qui refait surface


Quand, en Octobre 2012, j'avais mis le doigt (en second) sur ce qui allait devenir la supernova la plus brillante de l'année, j'avais pu suivre pendant quelques mois des discussions de pros qui se lançaient dans des études sur cet objet.
Un papier était sorti sur l'aspect "spectroscopie" : https://arxiv.org/pdf/1302.2926.pdf (première fois que j'étais cité dans une publi scientifique, j'étais tout fou)
Un papier devait sortir sur l'aspect "photométrie". L'un d'eux m'avait même dit en Août 2013 : "It's nearing completion".
Bon ... le "nearing" a pris plus de 3 ans, et c'est avec une certaine surprise que j'ai vu débarquer dans ma boîte email un message disant que l'étude avait repris dernièrement, et que le papier allait vraiment sortir bientôt.
Mark Phillips, directeur du Las Campanas Observatory au Chili m'a dit : "Your images are very valuable since they provide a measurement of the color of the SN within hours of the discovery by TAROT".
Quand on voit la tête de l'image, on imagine mal qu'elle puisse être "very valuable"... et pourtant :-)
C'est le premier shoot filtré RGB de cette supernova, et il donne ainsi une précieuse information pour calibrer le reste des mesures.
Donc tout ça est plutôt cool, car cette image marque pour moi le début d'une super histoire avec les supernovae, et c'est bien qu'en plus, elle soit utile.


Quand l'astronomie dérape dans les médias


C'est le titre du nouvel article que j'ai publié dans "La porte des étoiles", le journal du GAAC, à l'occasion des rencontres astronomiques de Courrières qui ont eu lieu les 10,11 et 12 Mars 2017.

Il y a d'autres articles très intéressants dans ce journal, comme souvent avec "La porte des étoiles". Il ne faut pas hésiter à aller lire les numéros précédents.
On peut par exemple y relire un article que j'avais écrit il y a 4 ans sur la recherche de supernovae : http://astrogaac.fr/fileadmin/fichier_sites/Porte_etoiles/pde22.pdf
Et il y 2 ans sur les chasseurs de supernovae : http://astrogaac.fr/fileadmin/fichier_sites/Porte_etoiles/pde28.pdf

4 janvier 2017

Nova dans M31


Tout comme l'année dernière au moment de Noël, j'ai mis le doigt sur une nouvelle nova, cette fois-ci dans la galaxie d'Andromède : M31.
C'est ma 3ème découverte de nova dans M31 cette année, sur un total de 36 découvertes dans cette galaxie par la tripotée de chasseurs qui la shootent tous les jours.

Mardi 27 Décembre, en début de soirée, j'ai pris un peu de temps pour examiner mes images toutes fraîches de M31, et rapidement un point a attiré mon attention.
Nova M31 2016-12e (c) Emmanuel Conseil
J'avais organisé mon planning pour pouvoir revenir sur n'importe quel champ en cas de détection de quelque chose, et cela m'a permis de rapidement confirmer, avec les télescopes T1 et T2 de Slooh aux îles Canaries, que l'objet était bien réel.
A magnitude 16.9, il ne fallait pas tarder à le déclarer. Un objet de cet éclat ne restera pas caché aux yeux des autres chasseurs bien longtemps.

Le formulaire de soumission de novae extragalactiques du CBAT étant hors service, j'ai posté ma découverte sur le TNS : https://wis-tns.weizmann.ac.il/object/2016jbx

1h30 plus tard, d'autres personnes postaient des données sur cet objet. Il était temps :-)

Le survey MASTER l'a également repérée, mais après moi.

Une équipe chinoise est même parvenue à détecter avec pas mal de précision le moment de l'explosion. L'objet a dépassé la magnitude 20 entre 12h04 TU et 12h22 TU ce 27 Décembre. Il a donc mis 8h pour prendre 3.1 magnitudes, ce qui est plutôt pas mal.

J'ai posté quelques mesures de cette possible nova dans les jours qui ont suivi sur la page du TNS. L'objet a rapidement faibli.

Le spectre, obtenu le 02 Janvier par le Russian BTA telescope (un petit télescope de 6m) et le spectrographe SCORPIO, est rapporté dans l'ATEL n°9942. Il s'agit d'une nova de type He/N.

17 décembre 2016

Supernovae : Quand l'espace compense le temps

Il y a quelques semaines de cela, j'ai vu passer le tweet ci-dessous et il m'a donné cette idée de post car il me semble que la question posée par Gaia Alerts met en avant quelque chose de contre intuitif : 2 supernovae qu'on voit exploser en même temps dans la même galaxie font-elles un magnifique spectacle pour les éventuelles formes de vie présentes dans ce secteur ?



Traduction : "On voit double ! Gaia a vu 2 supernovae exploser dans la même galaxie. A quoi peut bien ressembler le ciel depuis une planète située entre les deux ?"

En fait, <spoiler>pour la majorité des systèmes planétaires de cette galaxie, les 2 explosions ne sont pas vues simultanément</spoiler>.

Image de Rolando Rigustri montrant la supernova SN2016iae
Source : https://www.flickr.com/photos/snimages/30911219070/


Mais revenons un instant sur cette découverte récente de 2 supernovae dans la même galaxie.
Les 2 supernovae se nomment SN2016iae et SN2016ija, et se trouvent dans la galaxie NGC 1532.
C'est une belle spirale vue de trois quarts.
La première a été découverte le 07 Novembre 2016 par le programme ATLAS (qui cherche des astéroïdes à la base), et la seconde a été découverte le 22 Novembre par Leonardo Tartaglia, un chercheur italien dans une université californienne.
Comme on peut le voir sur son image, et particulièrement celle de droite qui est une soustraction faite entre les 2 autres, il y a deux points noirs distincts, signe de la présence de 2 supernovae sur son image (la nouvelle et celle du début du mois).
De par les observations qui en ont été faites, on sait que la seconde supernova n'était pas visible les 18 et 19 Novembre, et à peine visible le 20 Novembre.
Quant à la première, on ne peut situer la date exacte de son apparition qu'entre le 30 Octobre et le 07 Novembre grâce aux mesures postées sur le site de l'Union Astronomique Internationale. Mais on peut calculer sa date d'apparition probable d'après les observations spectroscopiques qui en ont été faites et il s'agirait du 03 Novembre.

Pour chacune de ces deux supernovae, on a pu calculer leur distance à partir de leurs spectres, lesquels indiquent un redshift (décalage vers le rouge) de 0.004 pour la première et 0.0036 pour la seconde. Le redshift de la galaxie hôte (NGC 1532) vaut 0,003468 et correspond à une distance de 47 760 000 d'années-lumières.
Il faudrait davantage de chiffres significatifs derrière la virgule du redshift pour atteindre une précision de l'ordre d'une année-lumière (ce que l'on ne cherche jamais à faire en pratique).

Les deux supernovae appartiennent bien à NGC 1532.


Voyage à la vitesse de la lumière


Comme vous le savez sans doute, la lumière avance à vitesse constante dans l'espace (~300 000 km par seconde). La distance d'un objet est donc directement proportionnelle au temps qu'a mis sa lumière pour nous parvenir.
Et pourvu qu'ils ne rencontrent rien de super massif sur leur routes, 2 photons partis au même moment dans une galaxie lointaine arrivent au même moment chez nous. (un contre-exemple ici)
Entre NGC 1532 et nous, rien de super massif, donc ça va.


→ Supposons que les deux supernovae explosent exactement en même temps.

Si les deux supernovae sont pile poil à la même distance de la Terre (au jour-lumière près, donc une précision de 1 sur 17.4 milliards), alors nous les verrons apparaître en même temps dans le ciel, augmenter en éclat, puis faiblir jusqu'à disparaître, et tout ceci à peu près de concert.

Si l'une des deux est plus éloignée de nous d'une seule année-lumière (1 sur près de 48 millions), alors sa lumière mettra un an de plus pour nous atteindre. Depuis la Terre, nous verrions d'abord la première exploser, augmenter en luminosité, puis faiblir jusqu'à disparaître. Et pile un an après l'explosion de la première, nous verrions la seconde exploser, augmenter en luminosité, puis faiblir jusqu'à disparaître.
Dans le ciel, les deux événements apparaissent bien distincts.

Poussons le même exemple un peu plus loin. La galaxie NGC 1532 a une certaine épaisseur. Je ne pense pas que cette valeur ait été estimée quelque part, mais si elle est comme pour la Voie Lactée, son ordre de grandeur est de quelques milliers d'années-lumières. Disons 3000 années-lumières.
Mettons l'une de ces supernovae à l'avant de la galaxie (vue de la Terre), et la seconde à l'arrière de la galaxie.
On comprend alors que si les deux explosent en même temps, alors sur Terre les 2 supernovae apparaîtront espacées de 3000 années.


A l'inverse, voir 2 supernovae apparaître en même temps dans une même galaxie ne signifie pas forcément qu'elles ont explosé en même temps. Peut-être, et en général ce sera le cas, que la distance séparant les 2 objets compense exactement l'écart temporel de leurs explosions.

Si elles explosent en même temps, pour les voir apparaître en même temps dans le ciel (le nôtre ou celui d'une autre planète dans une autre galaxie), il faut que l'observateur se situe sur le plan médiateur du segment tiré entre les 2 supernovae (en vert ci-dessous). Ce qui est loin d'être le cas de tout le monde. Seuls les observateurs (point M) situés sur le plan P sont à égale distance de A et de B.


Plan méditeur d'un segment (A et B étant nos 2 supernovae)
Source : http://tanopah.jo.free.fr/seconde/ges3alpha.php

Si elles n'explosent pas en même temps, le plan sur lequel il faudra se situer pour les voir exploser en même temps sera décalé vers l'étoile explosant en second, mais il s'agira toujours d'une petite portion d'univers.


Bref, pour répondre à la question initiale "How would the sky look from a planet in between?" ... la réponse est que pour la plupart des "habitants" de cette galaxie (s'il y en a ), ces 2 explosions stellaires n'auront pas été vues en même temps.
Et pour ceux qui se trouvent entre les deux supernovae, la problématique est la même.